Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Bienvenue

Ce blog est un lieu d'information sur les problèmes d'anxiété, de dépression et toutes autres difficultés psychologiques et les traitements existant pour ces troubles. Avec une volonté d'optimisme et de dédramatisation, dans l'optique de la psychiatrie positive.

Il ne s'agit en aucun cas de donner des conseils médicaux personnels.

Les informations données ici sont les plus objectives possibles, mais reflètent forcément les points de vue de l'auteur.

   Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser des commentaires ou des questions.

L'auteur

Antoine PELISSOLO, psychiatre

27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 18:48
Le rat, le gâteau et la cocaïne

Vous avez probablement entendu parler de cette étude de chercheurs américains prétendant que les gâteaux Oréo ont le même potentiel d’addiction que la cocaïne. De quoi s’agit-il ? D’une recherche menée chez des rats, et qui n’a pas encore été publiée d’ailleurs, ce qui implique qu’elle n’a pas été validée et doit donc être considérée avec prudence. Les chercheurs ont donné ces gâteaux à des rats affamés, et ont montré d’abord que les animaux les préféraient à des galettes de riz. Pas très étonnant, quand on sait que les Oréo sont très riches en sucres et en graisses. Ils ont ensuite examiné le cerveau des rats en question, et mesuré une protéine (c-fos) dont la concentration reflète l’activité de certains neurones. Ils ont ainsi constaté que les neurones d’une zone particulière du cerveau, dénommée noyau accumbens, étaient plus actifs chez les animaux nourris aux gâteaux que chez ceux ayant reçu de la cocaïne ou de la morphine. Or, les noyaux accumbens sont connus comme jouant un rôle important dans les sensations de plaisir mais aussi dans le développement des addictions.

Il est difficile de porter un jugement sur cette étude sans en avoir le détail, mais les résultats semblent montrer que l’ingestion d’aliments gras et sucrés produit, dans le cerveau, un effet du même ordre que celui de certaines drogues. C’est probablement le support du plaisir ressenti lors de la dégustation de bons plats, et ce sont des choses déjà assez connues, même chez l’homme grâce à l’imagerie cérébrale fonctionnelle. Il existe en effet dans notre cerveau une « tour de contrôle » du plaisir et de la récompense, qui est sensible à ce dont notre physiologie et notre espèce ont besoin pour survivre. Ainsi motivés par des sensations plaisantes, les animaux et les êtres humains ont depuis toujours été poussés à se procurer des aliments riches en calories, pour produire l’énergie nécessaire au corps, et à chercher des partenaires sexuelles, ce qui assure la perpétuation du groupe. Il ne s’agit là en rien de toxicomanies, mais d’une prouesse de la nature et de l’évolution. Les problèmes, et certaines maladies que nous connaissons, viennent plutôt des changements apportés par notre cerveau « intelligent », le cortex propre à l’homme, qui complique d’une part notre rapport à nos émotions et, d’autre part, a modifié radicalement notre environnement alimentaire. Avec le développement des richesses et de l’industrie inventées par l’homme, les aliments caloriques se trouvent en large excès à notre portée, alors que nos systèmes de régulation sont conçus pour fonctionner en environnement pauvre. D’où l’apparition de troubles du comportement alimentaire, de boulimies et d’obésités, accentués par différentes pathologies psychologiques propres à l’intelligence humaine et à la vie sociale. Nous sommes donc là devant un « dérapage » comportemental lié à l’inadéquation entre un système neurobiologique archaïque, mais essentiel, et notre environnement de vie actuel.

Les problèmes liés aux drogues comme la cocaïne, l’alcool ou l’héroïne sont d’une autre nature. Ces produits ne sont pas des substances dont les êtres vivants ont spontanément besoin pour leur survie. Au contraire, elles sont très toxiques pour notre corps. Mais il se trouve qu’elles parviennent, pour des raisons chimiques, à tromper notre cerveau en activant le système de la récompense, ce qui produit les sensations de plaisir liées à leur consommation, et donc nous pousse à les rechercher. Mais les véritables addictions ne sont pas que de « grosses » envies, ce sont des pathologies dans lesquelles l’interruption de la consommation engendre des troubles graves, sous forme de syndromes de sevrage (manque soudain et violent) et/ou de besoins irrépressibles. Même si les dérèglements cérébraux qui sous-tendent ces réactions sont probablement liés en partie aux mêmes systèmes que ceux du plaisir, il ne s’agit pas de phénomènes identiques mais bien d’anomalies spécifiquement liées aux drogues, se surajoutant aux effets plaisants ressentis lors des premières consommations.

Sans minimiser certaines conséquences délétères des troubles alimentaires, surtout à long terme, et de certains comportements décrits aujourd’hui comme des « addictions sans drogue » (jeux, internet, sexe, etc.), la tendance actuelle à généraliser dans le grand public le concept d’addiction semble excessive. Elle risque en effet de banaliser les véritables dépendances pharmacologiques, pour des substances dont la toxicité à court et long terme est dramatique pour les individus concernés et la société dans son ensemble. La gravité des effets psychotropes et biologiques directs de toutes ces drogues, du tabac à l’ecstasy en passant par la cocaïne, l’alcool ou le cannabis, se surajoutent aux perturbations engendrées par la dépendance elle-même.

Personne n’a jamais vu un « addict » au chocolat noir attaquer une vielle dame dans la rue pour lui voler son argent, alors que cela arrive hélas tous les jours à cause du crack ou de l’héroïne.

Partager cet article

Publié par MediKpsy
commenter cet article

commentaires