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Ce blog est un lieu d'information sur les problèmes d'anxiété, de dépression et toutes autres difficultés psychologiques et les traitements existant pour ces troubles. Avec une volonté d'optimisme et de dédramatisation, dans l'optique de la psychiatrie positive.

Il ne s'agit en aucun cas de donner des conseils médicaux personnels.

Les informations données ici sont les plus objectives possibles, mais reflètent forcément les points de vue de l'auteur.

   Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser des commentaires ou des questions.

L'auteur

Antoine PELISSOLO, psychiatre

23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 16:05
Auto-surveillance : attention à l’hypocondrie numérique

Les outils numériques envahissent tous les domaines de notre vie, pour notre bien généralement. La santé est un marché prioritaire pour les fabricants et les concepteurs d’applications, et on peut facilement prédire une explosion de leur utilisation. Nous sommes tous intéressés par notre santé et prêts à investir dans des outils fascinants qui donnent accès au fonctionnement de notre corps, sans les inconvénients des examens habituels : rien d’invasif ni de douloureux, et totale autonomie (aucun intermédiaire). Les smartphones peuvent déjà enregistrer des paramètres assez simples, comme la fréquence cardiaque ou le nombre de pas effectués par semaine, mais de nouveaux « objets connectés » apparaissent tous les jours : une montre qui surveille la tension ou la glycémie, un capteur qui enregistre la quantité et la qualité du sommeil, ou une fourchette qui surveille l’alimentation et la durée des repas. On devrait voir fleurir bientôt, entre autres, des applications permettant de surveiller et de réduire sa consommation de nicotine grâce à des e-cigarettes connectées. Prochainement, les capteurs seront miniaturisés et implantés à l’intérieur du corps.

Ces dispositifs vont révolutionner la médecine mais, comme tout progrès, il vaut mieux en anticiper les dérives et les risques potentiels, pour mieux s’en prémunir. Passons sur le risque sociétal du « big brother », avec toutes les exploitations commerciales que l’on peut redouter, il est connu et dénoncé régulièrement. En revanche, le risque individuel d’une « auto-surveillance » à outrance est probablement sous-estimé, au moins pour certains d’entre nous. Beaucoup d’anxieux hypocondriaques passent déjà beaucoup de temps à s’observer, à dépister le moindre signe de défaillance et à s’inquiéter devant un bouton étrange ou une douleur inhabituelle. Quand des systèmes sophistiqués leur offriront la possibilité de connaître en temps réel et en continu l’état de tous leurs organes, on peut craindre une fuite en avant et des compulsions sans fin. Il y aura toujours d’autres mesures, d’autres capteurs, d’autres fonctions à « monitorer » : des millions de dosages, l’anatomie de tous les organes voire de toutes les cellules, la température ou le métabolisme de chaque zone cérébrale, etc. Par ailleurs, même si les logiciels sont très bien conçus, ils risquent d’exposer les utilisateurs anxieux à des alertes injustifiées : chaque organisme est différent et toute « anomalie » chez une personne donnée ne peut pas être considérée comme pathologique en elle-même. Ces informations en « libre-service » peuvent créer de nouvelles sources d’inquiétudes, générant elles-mêmes d’autres vérifications obsessionnelles.

Comme toujours, les avancées technologiques doivent être accompagnées d’une réflexion et d’une éducation spécifique. Les médecins devront apprendre à utiliser au mieux les outils connectés, pour le diagnostic et le suivi de leurs patients. Ils devront former ceux-ci à une utilisation rationnelle et efficace de ces nouveaux systèmes. Et les personnes en bonne santé, qui souhaitent le rester, devront apprendre à les utiliser sans excès, en écoutant avant tout les régulateurs naturels dont nos corps sont dotés : savoir se reposer quand la fatigue vient, se nourrir uniquement selon ses besoins, ou ne pas s’exposer au soleil quand ses rayons sont douloureux et donc dangereux pour la peau. Tout ceci nécessite juste un peu de temps et d’attention, mais sans batterie à recharger ni d’application à télécharger…

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Publié par MediKpsy
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commentaires

Dorian 17/11/2014 16:25

Comme de toute façon comme pour n'importe quelle technologie liée au numérique il va falloir s'adapter.