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Bienvenue

Ce blog est un lieu d'information sur les problèmes d'anxiété, de dépression et toutes autres difficultés psychologiques et les traitements existant pour ces troubles. Avec une volonté d'optimisme et de dédramatisation, dans l'optique de la psychiatrie positive.

Il ne s'agit en aucun cas de donner des conseils médicaux personnels.

Les informations données ici sont les plus objectives possibles, mais reflètent forcément les points de vue de l'auteur.

   Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser des commentaires ou des questions.

L'auteur

Antoine PELISSOLO, psychiatre

20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 19:11
Procrastination 2.0 : le syndrome de l’autruche sur internet

La devise des procrastinateurs : « Pourquoi faire maintenant ce que je pourrai faire demain ? ». Ce terme pas très joli, d’origine latine, commence à être connu car beaucoup d’entre nous s’y reconnaissent. Nous avons tous, au moins une fois, différé des tâches pénibles en espérant qu’elles se feraient oublier ou que, par on ne sait quel miracle, elles deviendraient plus simples un autre jour. Certains adoptent cette stratégie de l’autruche au quotidien, plus ou moins consciemment, et ne s’en portent pas forcément plus mal. Comme toujours, les vrais problèmes commencent lorsque la tendance est systématique et mal contrôlable. Pour les choses vraiment importantes, comme la révision des examens, la déclaration d’impôts, le paiement des factures lourdes ou la réparation de la voiture, les délais doivent être respectés ou au moins pas trop dépassés. Et même de petites choses du quotidien, qui n’ont pas vraiment de gravité individuellement, peuvent s’accumuler et devenir une vraie gêne si on ne parvient pas à « passer à l’acte » : ranger ses papiers, faire le tri dans les vieux vêtements, entretenir son jardin, etc.

Depuis qu’internet est omniprésent dans nos vies, les procrastinateurs sont encore plus mal face à leur ordinateur ou leur smartphone : la tentation est permanente de regarder les emails reçus, de surfer sur les réseaux sociaux ou les sites d’actualité, et de mettre de coté les dossiers pénibles. Le meilleur signe de la procrastination 2.0 est le nombre d’emails « en retard », c’est-à-dire ceux qui stagnent dans la boite de réception en attendant un traitement qui, parfois, ne vient jamais.

La procrastination n’est pas une maladie mais peut devenir un vrai problème, source de stress et de répercussions quotidiennes, pour soi et les autres. En plus du tempérament de chacun, plusieurs facteurs peuvent être en cause : une dépression (fatigue, découragement), un tempérament obsessionnel et perfectionniste (grande exigence de réussite, et donc attente des conditions optimales), un véritable TOC (rituels ou hésitations permanentes empêchant d’agir), et toujours l’anxiété. Un manque de confiance en soi ou la « peur de ne pas y arriver » génèrent du stress, et celui-ci empêche d’agir sur le moment. On trouve toujours une chose plus agréable à faire sur le moment. Et plus on repousse les choses, plus elles semblent insurmontables, pour deux raisons : d’une part car le sentiment d’inefficacité augmente lorsqu’on reste passif, et d’autre part, objectivement, les tâches peuvent se compliquer à force de les négliger et d’attendre. Ranger trois paires de chaussettes, ça va, mais cinq sacs de linges, ça peut faire peur…

J’ai rencontré également des personnes souffrant de procrastination extrême semblant secondaire, paradoxalement, à une hyperactivité. Le fameux trouble « hyperactivité avec déficit de l’attention » (THADA) s’exprime surtout chez l’adulte par des difficultés de concentration prolongées et, surtout, par un comportement désordonné et non productif. Ne parvenant pas à rester constant sur une tache un peu complexe, la personne l’abandonne très vite et diffère toutes les corvées.

Il existe heureusement des solutions à la procrastination pathologique, qui passent par une analyse des causes possibles, une description assez minutieuse des facteurs facilitant ou empêchant d’agir, et par un plan d’action progressif mais ferme. Le but est de segmenter les taches pour ne pas être « noyé » dans la somme de retard à rattraper, mais de s’astreindre à avancer un peu chaque jour. Quelques petites choses peuvent également aider : déconnecter d’internet et des emails sur des périodes prévues à l’avance pour ne pas être tenté, se fixer la règle non négociable de ne pas repousser plus d’une fois un objectif programmé, et ne faire qu’une seule chose à la fois. A côté de ces règles « bâtons », sachez manier également la carotte, en vous autorisant des temps de pause quand nécessaire (prévues à l’avance, et donc pas à la moindre envie), et des récompenses personnelles à chaque étape franchie. Un regard extérieur, celui d’un proche ou d’un collègue, peut être utile pour porter un regard calme sur les choses à faire et entretenir la motivation. Lorsque le problème est plus sérieux, ancien et associé à une souffrance psychologique réelle, il est préférable d’en parler à un professionnel, notamment à un psychologue formé aux TCC qui s’appliquent bien à ce type de comportement problématique.

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Publié par MediKpsy
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