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Ce blog est un lieu d'information sur les problèmes d'anxiété, de dépression et toutes autres difficultés psychologiques et les traitements existant pour ces troubles. Avec une volonté d'optimisme et de dédramatisation, dans l'optique de la psychiatrie positive.

Il ne s'agit en aucun cas de donner des conseils médicaux personnels.

Les informations données ici sont les plus objectives possibles, mais reflètent forcément les points de vue de l'auteur.

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L'auteur

Antoine PELISSOLO, psychiatre

12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 16:39
Réduire les risques de schizophrénie à l'aide des oméga-3

Voilà sans doute une étape essentielle de la recherche sur le traitement de la schizophrénie, comme il y en a eu peu au cours des dernières décennies. Non pas encore avec un traitement assurant la guérison des malades, mais peut-être à terme pour éviter qu’elle ne se développe chez certains jeunes porteurs d’un risque élevé de cette affection très handicapante tout au long de la vie. Ce résultat provient d’une étude publiée cette semaine dans la revue Nature Communications par une équipe autrichienne.

Les chercheurs ont proposé à 81 jeunes patients, âgés de 13 à 25 ans, de recevoir un traitement par oméga-3 pendant 12 semaines, car ils présentaient des signes de «ultra-haut risque » de développer une schizophrénie dans les mois ou les années à venir. Ces signes sont aujourd’hui relativement bien validés : il s’agit de symptômes plus légers ou plus passagers que ceux de la véritable maladie, mais qui annoncent, dans au moins un tiers des cas, une évolution vers la schizophrénie complète par la suite.

Les omégas-3 sont des acides gras poly-insaturés, présents notamment dans certains poissons, qui jouent un rôle majeur dans la constitution des membranes cellulaires et notamment des membranes des neurones. Ils ont des effets protecteurs contre de nombreuses anomalies vasculaires ou métaboliques, et il a été montré qu’ils étaient insuffisamment présents dans le cerveau ou l’organisme des personnes souffrant de schizophrénie (comme d’autres troubles neuropsychiatriques d’ailleurs).

Les chercheurs ont donc voulu savoir si un apport supplémentaire d’oméga-3, à une période sensible où les symptômes commencent à apparaitre et surtout où la plasticité du cerveau est très active, pouvait avoir un effet protecteur à long terme. Et c’est effectivement le résultat qu’ils ont obtenu, de manière assez nette, grâce à une étude très rigoureuse au plan scientifique. Les participants ayant reçu des oméga-3 sont moins nombreux à avoir évolué vers la schizophrénie (4 sur 41, soit 9.8%) que ceux qui ont reçu un placebo (16 sur 40, soit 40%). Bien sûr, l’attribution du traitement actif ou du placebo a été faite de manière aléatoire, ce qui permet de penser que les deux groupes étaient relativement similaires au début de l’étude. Par ailleurs, la durée du suivi est d’environ 6 à 7 ans pour tous les participants, avec donc une forte probabilité de détecter la maladie si elle devait survenir. D’autres indices relevés dans cette étude montrent que les personnes ayant reçu des oméga-3 ont non seulement moins de symptômes schizophréniques (ou des formes moins graves) par la suite, mais ont également moins d’autres troubles psychiques par ailleurs, ce qui est intéressant pour étendre cette piste peut-être à d’autres pathologies.

Il faudra bien sûr que ces résultats soient confirmés par d’autres équipes et avec plus de patients pour pouvoir utiliser plus largement les oméga-3 dans une vraie prévention de la schizophrénie chez les jeunes à risque. Mais cette voie semble très prometteuse, car elle s’appuie sur une logique scientifique indéniable et surtout qu’elle ne risque pas d’engendrer des risques supplémentaires pour les patients. En effet, les solutions dont nous disposons actuellement pour faire face à ce type de situation sont avant tout basées sur les médicaments, notamment les antipsychotiques, qu’il est toujours délicat de prescrire longtemps à des sujets jeunes du fait de leurs effets secondaires, surtout quand la maladie est encore incertaine. L’apport d’oméga-3 n’est pas connu, aujourd’hui en tout cas, comme exposant à des effets secondaires importants, ce qui permettrait de l’utiliser plus facilement que les médicaments classiques.

D’autres recherches du même type sont actuellement en cours avec d’autres produits, mais il faut aussi rappeler que la prévention de la schizophrénie passe aussi par la suppression de certains facteurs de risque d’aggravation voire de décompensation, dont le plus clairement connu est actuellement la consommation de cannabis…

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Publié par MediKpsy
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