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Ce blog est un lieu d'information sur les problèmes d'anxiété, de dépression et toutes autres difficultés psychologiques et les traitements existant pour ces troubles. Avec une volonté d'optimisme et de dédramatisation, dans l'optique de la psychiatrie positive.

Il ne s'agit en aucun cas de donner des conseils médicaux personnels.

Les informations données ici sont les plus objectives possibles, mais reflètent forcément les points de vue de l'auteur.

   Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser des commentaires ou des questions.

L'auteur

Antoine PELISSOLO, psychiatre

8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 13:42

Avec beaucoup de retard sur d’autres pays, nous sommes en France bien engagés maintenant dans la culture de la prévention en santé, avec des messages d’information portant sur l’alimentation, l’activité physique, ou encore le dépistage des affections les plus courantes. L’impact sur les maladies chroniques (diabètes, cancers, maladies cardio-vasculaires, etc.) et leurs conséquences peut être considérable. Mais tout reste à faire dans le domaine de la santé psychique, qui compte au moins autant pour le bien-être et la santé globale. Environ une personne sur cinq traverse à un moment ou un autre de sa vie une phase de turbulence, plus ou moins grave, avec des conséquences très diverses pour sa qualité de vie, son travail, sa vie sociale, ainsi que des risques médicaux surajoutés. Malheureusement, en France en particulier, on n’apprend pas encore vraiment à être à l’écoute de sa santé psychique et à la préserver comme on le devrait. Méconnaissances, peurs, pensées dogmatiques, stigmatisation, les obstacles culturels et sociaux sont nombreux à cette éducation particulière qui permettrait de renforcer les défenses de chacun et rendrait possibles des solutions précoces et adaptées. Ceci se traduit par un retard considérable des débuts de soins et par un vécu d’impuissance des personnes concernées (et leurs proches) face aux premiers signes d’alerte, à l’adolescence notamment.

Une éducation émotionnelle

Il est pourtant clairement établi que beaucoup de choses peuvent être faites pour limiter les risques de troubles psychiques (prévention dite primaire), et pour réduire leur impact quand ils sont réellement apparus (prévention secondaire). La psychologie positive a fait ses preuves pour l’apprentissage de l’intelligence émotionnelle et de ressources renforçant le bien-être au jour le jour. Ne nous trompons pas : il ne s’agit ni de cultiver le bonheur de manière un peu angélique, ni de se centrer sur soi-même dans un narcissisme complaisant. Mais plutôt d’une philosophie de vie basée sur l’optimisme, la résilience, la gratitude envers autrui ou encore la bienveillance envers soi-même qui permet de développer des anticorps contre le stress, les ruptures, les deuils et autres adversités qui émaillent toute vie. Elles permettent une meilleure adaptation et évitent ainsi des épisodes anxieux, dépressifs, ou l’usage de moyens délétères comme l’alcool, d’autres dépendances ou compulsions. Complété par des méthodes assez simples issues des psychothérapies, cet apprentissage induit une meilleure connaissance de soi qui peut éviter bien souvent de rentrer dans des cercles vicieux créant de véritables troubles chroniques. Ne pas toujours obéir à ses peurs, maintenir des contacts sociaux minimaux même quand la motivation baisse, être vigilant à ne pas user de moyens artificiels pour échapper à des souffrances mal « digérées », etc., sont autant de leviers qui peuvent être activés par soi-même et de manière durable pour se protéger contre nombre de pathologies émotionnelles ou comportementales.

Réduire les facteurs toxiques

Par ailleurs, il est possible de mieux se protéger contre des facteurs alimentaires et toxiques aggravant les risques de troubles psychiques, comme le suggèrent de plus en plus de travaux scientifiques. Il est en effet très clair aujourd’hui que des affections comme l’autisme ou la schizophrénie reposent en grande partie sur des anomalies, même subtiles, du développement cérébral, dont certaines peuvent être facilitées par des substances toxiques (ou des infections diverses) à l’œuvre pendant la grossesse ou très tôt dans la vie. De plus, de nombreux troubles psychiques, notamment les troubles de l’humeur, semblent sous-tendus par des phénomènes d’inflammation, plus ou moins intenses, présents dans le cerveau ou d’autres organes clés comme le tube digestif. Il est donc nécessaire, et possible, de lutter contre ces processus inflammatoires, par l’alimentation (en privilégiant le poisson, les légumes, les céréales, au détriment des aliments sucrés et de la viande) mais aussi à nouveau par l’activité physique.

Une psychiatrie positive

Mais ces protections ne peuvent, bien sûr, être efficaces à 100%, du moins pour le moment. Il faut donc les renforcer par une vigilance active, voire armée. Si chacune et chacun connaissait assez précisément l’existence des principaux troubles psychiques, et les possibilités de traitement, nous pourrions voir se réduire les délais de consultation et de prise en charge. II ne s’agit pas de nous transformer tous en experts en psychiatrie, mais d’avoir des bases utiles pour identifier certains signes (chez nous-mêmes ou nos proches) et savoir à qui s’adresser pour obtenir une évaluation et des conseils. Certains troubles commencent à être connus du grand public, comme la dépression, le trouble bipolaire, les TOC, avec plus ou moins d’exactitudes. Et beaucoup de personnes s’y intéressent, à en croire les ventes des revues traitant de psychologie ou aussi le nombre d’étudiants inscrits en fac de psychologie. Il est donc possible d’espérer augmenter le niveau de connaissance générale, à condition qu’une information fiable et compréhensible soit délivrée.

Mais encore faut-il que « l’offre de soins » soit accessible et accueillante, afin de ne pas décourager celles et ceux qui sont en demande. Les obstacles sont hélas encore nombreux dans ce domaine : répartition géographique très inégale des spécialistes, coût élevé et non remboursement de beaucoup de psychothérapies, faible lisibilité des interlocuteurs et des parcours, contact souvent déroutant de nombres de « psys », image parfois un peu effrayante de la psychiatrie, etc. Des évolutions positives ont été obtenues, mais elles doivent être amplifiées, pour que les soins psychiques soient considérés comme des soins comme les autres, ce qui aurait en plus le grand avantage de réduire la stigmatisation que vivent beaucoup de personnes touchées.

Prendre soin de soi et de sa santé psychique passe donc par une petite révolution culturelle, porteuse d’espoir, que j’ose appeler celle de la « psychiatrie positive », tout en ayant conscience du caractère paradoxal voire provocateur de cette appellation. Mais elle reflète avant tout cette volonté de rendre chacun responsable et acteur de sa santé et de son bien-être.

Pr Antoine PELISSOLO

Auteur de « Retrouver l’espoir. Abécédaire de psychiatrie positive. Odile Jacob, 2016.

A écouter : émission Science publique sur France Culture (15 mars 2016) sur les troubles psychiques, avec la participation d'Antoine Pelissolo

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Publié par MediKpsy
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