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Bienvenue

Ce blog est un lieu d'information sur les problèmes d'anxiété, de dépression et toutes autres difficultés psychologiques et les traitements existant pour ces troubles. Avec une volonté d'optimisme et de dédramatisation, dans l'optique de la psychiatrie positive.

Il ne s'agit en aucun cas de donner des conseils médicaux personnels.

Les informations données ici sont les plus objectives possibles, mais reflètent forcément les points de vue de l'auteur.

   Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser des commentaires ou des questions.

L'auteur

Antoine PELISSOLO, psychiatre

30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 00:09

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          Les journalistes adorent citer le nom de phobies qui paraissent exotiques ou poétiques. Ce sont des appellations grecques en général, souvent imprononçables. En fait, les peurs en question n’existent pas vraiment, en tout cas elles ne constituent pas des syndromes pathologiques courants. En 20 ans de psychiatrie, je n’ai jamais vu de personnes souffrant d’agalmatorémaphobie (peur de voir les statues se mettre à parler ou à se mouvoir), de vexillophobie (peur des drapeaux), et encore moins de placomusophobie (peur des bouchons de Champagne). Autant de termes venus d’on ne sait où, cités dans le « Dictionnaire divertissant et culturel des phobies » (Didier Rougeyron, Editions Jacques Grancher).

            Les vraies phobies tombent rarement du ciel, même si elles sont parfois difficiles à expliquer pour une personne donnée. Les plus courantes sont celles qui concernent des événements ou des éléments naturels réellement dangereux pour l’homo sapiens, ou qui l’ont été à une certaine époque de son évolution : peur du vide, du noir, des endroits clos, du tonnerre, de certains animaux potentiellement venimeux (serpents, araignées) ou rappelant des espèces prédatrices (chiens, chats, voire souris). D’autres s’expliquent par des analogies avec des signaux de danger : la peur du sang ou des piqures peut correspondre par exemple à une réaction d’évitement des situations où l’on pourrait être gravement blessé. Enfin, d’autres ont été apprises à un moment de sa propre vie, même si on en a oublié les circonstances initiales. J’ai vu par exemple une femme ayant une peur panique des têtes de poupées (plangonophobie), qui s’expliquait très bien par le fait que son père, quand elle était petite, « s’amusait » à lui faire peur en hurlant par surprise avec une poupée dans les mains. Toutes ces phobies, transmises par la mémoire de l’espèce ou apprises par traumatisme, sont relativement simples et brutes : je vois l’objet, j’ai peur. Pas de mécanisme psychologique complexe. On les appelle des phobies simples (ou spécifiques).

            D’autres phobies font intervenir des mécanismes plus psychologiques, des anticipations. Les phobies sociales reposent par exemple sur la crainte d’un jugement négatif d’autrui, et sont donc des phobies inter-personnelles. J’ai peur que l’on se moque de moi si je bafouille en lisant mon texte (anxiété de performance). J’ai peur de rougir si on m’adresse la parole, et que l’on me trouve ridicule ou incompétent (éreutophobie). Le résultat est le même que pour les phobies spécifiques (je fais tout pour éviter les mauvaises rencontres), mais les effets émotionnels peuvent être plus dévastateurs, avec un stress avant toute confrontation et surtout une honte durable après chaque « faux-pas » (vécu comme tel). L’agoraphobie est la seconde catégorie de ces phobies complexes : il s’agit de la peur des situations dans lesquelles on peut se retrouver coincé, sans assistance et sans possibilité de partir en cas de problème (malaise brutal, besoin de fuir). Il s’agit le plus souvent de la foule, des endroits fermés, mais aussi parfois de la hauteur ou des grands espaces. Le problème n’est pas là de voir la situation, mais d’imaginer s’y trouver et y subir une catastrophe (anxiété anticipatoire). Les phobies sociales et l’agoraphobie sont parfois très invalidantes, car les situations redoutées sont très nombreuses dans la vie quotidienne. Rien de très drôle donc… Mais heureusement des thérapies efficaces existent.

            Et il est bon aussi de regarder ces pathologies avec un certain humour, même quand on est soi-même concerné. C’est en effet le meilleur moyen de ne pas se laisser envahir par l’anxiété et de la combattre avec des moyens intelligents, ne pas lui laisser le dernier mot.           

   Luttez donc contre votre coulrophobie (peur des clowns…) !

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Publié par AP - dans Psycho
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