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Bienvenue

Ce blog est un lieu d'information sur les problèmes d'anxiété, de dépression et toutes autres difficultés psychologiques et les traitements existant pour ces troubles. Avec une volonté d'optimisme et de dédramatisation, dans l'optique de la psychiatrie positive.

Il ne s'agit en aucun cas de donner des conseils médicaux personnels.

Les informations données ici sont les plus objectives possibles, mais reflètent forcément les points de vue de l'auteur.

   Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser des commentaires ou des questions.

L'auteur

Antoine PELISSOLO, psychiatre

4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 16:53

            De nouvelles enquêtes ont été publiées en ce début d’année pour nous convaincre que nous sommes, Français, les champions du monde du pessimisme. Le sondage BVA, comparant 53 pays, suggère effectivement que les hexagonaux sont inquiets de la situation économique et sociale à venir, et cela beaucoup plus que les habitants de la plupart des autres pays, Afghanistan et Irak compris. Par ailleurs, selon l’INSEE, le « moral des ménages » a encore baissé de trois  points en décembre, passant de -33 à -36.

Courbe 

            Que faut-il penser de cette « dégringolade » ? Quelles en sont les causes, et notamment les spécificités de la France dans ce domaine ? Quels liens établir avec la vraie santé psychique de nos concitoyens, en terme de moral et donc de dépression potentielle ? Et peut-on faire un rapprochement avec la forte consommation de médicaments psychotropes (anxiolytiques, antidépresseurs), souvent dénoncée dans notre pays ?

            Première réponse générale du psychiatre : méfiance, tout ceci n’a pas grand-chose à voir. Tout d’abord éviter de prendre les chiffres des sondages au pied de la lettre. Mesurer des tendances psychologiques et subjectives est un art très difficile, et même une spécialité scientifique à part entière (psychométrie), et les techniques de sondage sont très approximatives dans ce domaine. Il existe donc des imprécisions importantes dans les chiffres obtenus. Par ailleurs, les résultats ne valent que pour la question posée, sans généralisation possible. Si 61% des français sont inquiets sur l’évolution économique en France, ça ne veut pas dire du tout que ces 61% sont pessimistes en général.

            Les enquêtes vraiment épidémiologiques et scientifiques sur la santé mentale en France sont très peu nombreuses car lourdes et coûteuses. Les dernières qui permettent des comparaisons internationales fiables (mêmes méthodes et critères) datent de plusieurs années. Globalement, elles ne montrent pas de différences majeures dans les taux de pathologies dépressives entre les pays européens, France comprise, et plus généralement entre les pays occidentaux. En revanche, la fréquence de l’usage des psychotropes reste forte dans notre pays, même si les différences avec les pays équivalents tendent à se réduire. Les explications raisonnables sont liées au système de santé français qui facilite l’accès aux soins et aux prescriptions médicamenteuses, et au rôle de l’industrie pharmaceutique. Les mêmes tendances se retrouvent d’ailleurs pour la plupart des catégories de médicaments, comme les antibiotiques ou les traitements contre le cholestérol. S’y ajoute probablement le manque d’alternatives thérapeutiques en France, où la prescription de  médicaments est beaucoup plus simple que le recours aux psychothérapies, surtout en raison de l’absence de remboursement de ce type de soins.

            Finalement, que peut-on dire du moral actuel des français ? Sans parler de pathologie ni de dépression réelles, les résultats des sondages reflètent malgré tout des tendances sociales et générales du moment. Les questions posées renvoient d’ailleurs plus à des inquiétudes (et donc à l’anxiété) qu’à une vraie démoralisation. Se répéter souvent « j’espère ne pas perdre mon travail » (anxiété) ne signifie pas « je vais certainement perdre mon travail » (pessimisme, voire dépression). Donc on peut considérer que les français, en moyenne, sont actuellement plus inquiets que les autres. Très prudemment, une cause psycho-sociale possible est l’évolution de notre système de protection sociale, bouclier très efficace jusqu’à ces dernières années mais dont tout le monde sait et dit qu’il ne peut plus rester aussi résistant, du fait des diverses crises et tendances mondiales. Les Français peuvent donc se sentir moins protégés, plus exposés, avec tous les aléas que cela comporte. Ils doivent s’adapter à une situation nouvelle, gérer l’incertitude avec leurs propres ressources, ce qui engendre forcément des déséquilibres et des moments de fragilité. Aux décideurs de les aider à franchir ce cap du mieux possible ; le prochain Président de la République sera peut-être élu pour avoir été le ou la meilleur(e) socio-thérapeute des candidats !

 

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Publié par AP - dans Psycho
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commentaires

Marco 06/01/2011 20:10



d'accord avec vous, les français sont trop gatés par rapport à tous les autres pays; dès qu'on leur enlève et petit bout de privilège, ils cassent tout ou ils s'effondrent...


aller voir ailleurs fait du bien et remet les choses en place


merci pour votre site et continuez professeur


marc