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Ce blog est un lieu d'information sur les problèmes d'anxiété, de dépression et toutes autres difficultés psychologiques et les traitements existant pour ces troubles. Avec une volonté d'optimisme et de dédramatisation, dans l'optique de la psychiatrie positive.

Il ne s'agit en aucun cas de donner des conseils médicaux personnels.

Les informations données ici sont les plus objectives possibles, mais reflètent forcément les points de vue de l'auteur.

   Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser des commentaires ou des questions.

L'auteur

Antoine PELISSOLO, psychiatre

13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 17:39
   Une étude française impliquant 10 hôpitaux et coordonnée par le Dr Luc Mallet de la Pitié-Salpêtrière, l'INSERM et l'AP-HP, qui  vient d'être publiée dans le New England Journal of Medicine, montre l'efficacité de la "stimulation cérébrale profonde" dans les troubles obsessionnels-compulsifs, les fameux TOC.

   Il s'agit d'une procédure exceptionnelle ayant nécessité 4 ans de recherche et la collaboration de plus d'une cinquantaine de psychiatres, neurologues, neurochirugiens, radiologues, etc. Les 16 patients qui ont participé à cette étude souffraient de TOC très sévères, très handicapants, et n'ayant pas été correctement soignés par les traitements habituels que sont les thérapies comportementales et les antidépresseurs. Ils étaient malades en moyenne depuis 18 ans.

   L'opération consiste à implanter de fines électrodes dans le cerveau des patients, dans une zone de quelques millimètres que l'on sait impliquée dans les obsessions et les rituels, le noyau sous-thalamique. Ces électrodes sont reliées à l'équivalent d'un pacemaker, une pile elle-même implantée sous la peau en-dessous de la clavicule. Ce dispositif permet de délivrer en continu, jour et nuit, un courant électrique de très faible intensité qui module l'activité biologique des neurones de cette zone. Le courant électrique peut être éteint, diminué ou augmenté à l'aide d'une télécommande réglée par le médecin. Cette technique est utilisée depuis environ 15 ans pour traiter certaines formes de la maladie de Parkinson, qui implique en partie les mêmes structures cérébrales que les TOC.


                                   Visualisation de la position des électrodes dans le cerveau

                                                      Mallet/Yelnik/Bardinet (INSERM, CNRS, INRIA)

   Les résultats de notre étude montrent que cette méthode de stimulation cérébrale améliore notablement les symptômes de la plupart des malades, quelques-uns d'entre eux voyant leurs troubles disparaitrent presque en totalité. Ceci a été vérifié en comparant une période d'activation à une période d'inactivation des électrodes, de manière "aveugle" (l'évaluateur et le patient ne sachant pas à quel moment la stimulation était active) pour écarter un effet placebo.

   En dehors parfois de quelques modifications psychologiques transitoires en début de traitement, notamment des signes d'inversion de l'humeur (gaité ou hyperactivité anormales mais modérées), aucune altération intellectuelle ni de personnalité n'a été observée chez les patients traités.

   Si ces résultats sont très encourageants pour le traitement des TOC graves, et peut-être pour d'autres troubles psychiatriques dans l'avenir, plusieurs points qui doivent être pris en compte :
   - il s'agit d'une technique lourde qui comporte certains risques, notamment du fait de l'intervention neurochirurgicale qui peut occasionner des accidents vasculaires et infectieux; elle doit donc être réservée à des patients extrêmement handicapés et ayant échappé aux autres possibilités de traitement;
   - beaucoup de choses restent encore à préciser en ce qui concerne les zones cérébrales à cibler, les modalités de la stimulation, les symptômes les plus sensibles, etc.
   - même en rémission, les malades opérés nécessitent un suivi médical et un accompagnement psychologique durable ultérieurement, du fait d'éventuels autres problèmes associés et d'une réinsertion dans la vie normale rarement facile.
   Pour toutes ces raisons, le traitement des TOC par électro-stimulation profonde doit rester aujourd'hui une technique réservée à des protocoles de recherche très encadrés et précis, conduits par des équipes expertes et multi-disciplinaires.


Références de l'étude :

Subthalamic Nucleus Stimulation in Severe Obsessive Compulsive Disorder. Mallet L, Polosan M, Jaafari N, Baup N, Welter ML, Fontaine D, Tezenas du Montcel S, Yelnik J, Chéreau I, Arbus C, Raoul S, Aouizerate B, Damier P, Chabardès S, Czernecki V, Ardouin C, Krebs MO, Bardinet E, Chaynes P, Burbaud P, Cornu P, Derost P, Bougerol T, Bataille B, Mattei V, Dormont D, Devaux B, Vérin M, Houeto JL, Pollak P, Benabid A-L, Agid Y, Krack P, Millet B and Pelissolo A. New England Journal of Medicine,2008, 13 nov. 359:2121-2134.


 

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