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Bienvenue

Ce blog est un lieu d'information sur les problèmes d'anxiété, de dépression et toutes autres difficultés psychologiques et les traitements existant pour ces troubles. Avec une volonté d'optimisme et de dédramatisation, dans l'optique de la psychiatrie positive.

Il ne s'agit en aucun cas de donner des conseils médicaux personnels.

Les informations données ici sont les plus objectives possibles, mais reflètent forcément les points de vue de l'auteur.

   Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser des commentaires ou des questions.

L'auteur

Antoine PELISSOLO, psychiatre

2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 21:09

      Bien curieuse question, et la réponse qui peut paraître immédiatement la plus raisonnable est « non ! ». La timidité est a priori une tendance ou un trait de personnalité lié à un manque de confiance en soi, ou à un manque d’expérience, et on ne voit pas bien comment une petite pilule pourrait palier à ces fragilités. Classiquement, la timidité diminue progressivement avec l’âge, quand les expériences de la vie et une certaine maturité permettent de se sentir plus sûr de soi.


  Tout ceci est vrai, mais il faut cependant nuancer certains points. Tout d’abord, le concept de timidité est très large et un peu flou. Les enquêtes réalisées montrent, en général, que plus de la majorité des personnes se considèrent comme timides (ou l’ont été dans le passé). Il existe donc forcément des degrés d’intensités différentes, d’une timidité légère et très peu gênante à des formes beaucoup plus marquées et parfois handicapantes. Il faut donc éviter les théories générales, qui tendraient à banaliser pour tout le monde les conséquences psychologiques et comportementales de la timidité.

 

Timidité paralysante

 

   Le deuxième point important est qu’il en existe des formes variées, pas uniquement quantitativement mais aussi qualitativement. La timidité classique est avant tout basée sur une appréhension de l’inconnu ou de la « première fois », qui n’empêche pas pourtant de faire les choses et d’apprendre au fur et à mesure des expériences vécues. Il existe cependant des personnes qu’une forte timidité empêche d’agir comme elles les souhaitent, surtout dans le contact aux autres. Elles redoutent tellement le regard ou le jugement des autres qu’elles ressentent une réelle paralysie de la pensée et du geste lorsqu’elles y sont exposées, au point de perdre leurs moyens et surtout de tout faire pour échapper à ces situations.


    Elles vont ainsi s’arranger pour rencontrer moins de personnes, dans la vie quotidienne ou dans le travail, pour ne pas avoir à parler en public, pour éviter de passer des examens oraux, pour faire leurs courses dans les grandes surfaces où les contacts personnels sont très limités, etc. Malgré tout inévitable, chaque situation un peu sociale peut déclencher une vraie panique et confirmer l’idée que l’on n’est pas fait pour côtoyer les autres. D’où le renforcement d’une vision négative de soi et une peur croissante, avec un véritable cercle vicieux. La mécanique est exactement l’inverse de celle de la timidité classique : le temps qui passe et les expériences vécues ont tendance à aggraver le trouble.

 

Une personne sur 20

 

     Les psys appellent ces peurs des phobies sociales, et on sait maintenant qu’elles concernent, à des degrés variables de gravité, environ 5% des personnes de la population. Elles apparaissent en général dès l’enfance ou l’adolescence, et peuvent durer des années. Notamment à des étapes de la vie qui réclament pourtant de développer ses contacts sociaux pour poursuivre des études ou construire des projets professionnels et familiaux. Les conséquences négatives peuvent donc, parfois, être assez nettes sur la qualité de la vie quotidienne dans différents domaines. Dans environ un cas sur deux, la phobie sociale favorise l’apparition d’états dépressifs, et assez fréquemment d’usages de produits toxiques (alcool, tabac, cannabis), censés réduire l’anxiété et lever certaines inhibitions, mais au prix d’effets secondaires et d’un risque de dépendance non négligeable.

 

Les psychothérapies d’abord

 

   Pour toutes ces raisons, il paraît important de tout faire pour inciter les personnes souffrant de phobie sociale à se faire aider, d’autant qu’il existe aujourd’hui des solutions thérapeutiques efficaces. Elles sont bien sûr avant tout psychologiques, et les plus éprouvées dans ce domaine sont les thérapies comportementales et cognitives, qui permettent d’apprendre à gérer ses peurs et à affronter plus sereinement les situations sociales. Elles peuvent se pratiquer en séances individuelles classiques, mais aussi en groupe pour un « entraînement » sous forme de jeux de rôle à plusieurs. Ces thérapies ne sont cependant pas encore facilement accessibles partout, et parfois insuffisantes lorsque l’angoisse est très forte, au point de rendre même la démarche parfois impossible au début.

 

Pas n’importe quels médicaments

 

   Ce sont ces cas difficiles (mais relativement fréquents) qui peuvent justifier  l’utilisation de certains médicaments, dont l’efficacité dans ces situations est bien établie. Il ne s’agit pas des anxiolytiques classiques, car ceux-ci peuvent réduire momentanément le niveau d’angoisse mais au risque d’effets secondaires et d’une dépendance, sans modification des peurs sur le fond. En revanche, certains médicaments de la famille des antidépresseurs peuvent s’avérer très utiles pour réduire progressivement l’appréhension des situations sociales et le niveau d’angoisse lors des confrontations. Il s’agit de traitements de fond, à prendre tous les jours, dont les effets positifs apparaissent progressivement au cours des premières semaines. Ils sont en général bien supportés, et l’absence de risque de dépendance est maintenant bien établie. L’appellation « antidépresseur » est un peu trompeuse, car ces médicaments sont avant tout des régulateurs émotionnels qui agissent sur l’anxiété et la phobie sociale même en l’absence de dépression.


   Une alternative aux antidépresseurs, pour certains symptômes et des phobies moins intenses, peut être la prise ponctuelle de médicaments dénommés « béta-bloquants », qui agissent surtout sur les signes cardiaques et vasculaires de l’anxiété sociale (palpitations, rougissements, bouffées de chaleur voire tremblements).


   Naturellement, la prise d’un traitement médicamenteux pour traiter une phobie sociale nécessite un suivi médical (tous ne sont vendus que sur ordonnance), et l’idéal est d’y associer une prise en charge psychologique. Après plusieurs mois, au moins 6 voire 12, le traitement peut alors être réduit progressivement puis arrêté, avec moins de risques de rechutes si un changement de fond a pu être obtenu.

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commentaires

Beaudouin 06/01/2011 16:25



Bonjour,


La paroxétine serait déconseillée avant l'âge de 17 ans.


Qu'en pensez vous pour une ado de 15 ans et 50 kgs.?


D'avance merci.


B.BEAUDOUIN



AP 06/01/2011 20:06



Bonjour,


comme la plupart des antidépresseurs, la paroxétine ne peut pas en effet être prescrite chez des enfants ou des adolescents. l'efficacité n'est pas démontrée et il existe des risques d'effets
secondaires.


dans les situations complexes de dépression ou d'autres troubles dans lesquelles les autres méthodes ne suffisent pas, une prescription très prudente est parfois proposée, mais elle doit être
surveillée de très près, et plutot en milieu hospitalier.


bon courage


AP